Quand tu passes un ordre avec ton courtier Forex, tu ne trades pas réellement sur le marché interbancaire. Tu trades directement contre le courtier — c’est ça que signifie qu’il est en réalité un dealer, pas un broker classique.
Exemple simple (Raja vs Riz)
Raja achète du GBP/USD.
Riz vend la même paire.
Le courtier prend l’autre côté de chaque trade.
Résultat : tout s’équilibre, pas de risque de marché si les positions se compensent.
Le seul bénéfice du courtier ici ? Le spread — cette différence entre le prix d’achat et le prix de vente. Exemple : acheter à 1,2503 et vendre à 1,2500, le courtier empoche 3 pips.
Quand la position s’alourdit (beaucoup de traders en achat)
Si 1 000 traders passent un ordre achat chacun, ça crée une position nette très exposée pour le courtier. Par exemple, cela représenterait 100 millions d’unités en GBP/USD, et chaque pip de mouvement représenterait 10 000 $ de perte potentielle ! Impossible pour le courtier de gérer cela sans intervention.
A-Book vs B-Book : comment ils gèrent le risque
A-Book (Hedging)
Certains courtiers transfèrent le risque à des fournisseurs de liquidité (LP). Ils copient ton trade auprès d’un LP, ce qui leur permet de rester neutres : ni gain, ni perte, quelle que soit la direction du marché.
Un fournisseur de liquidité (Liquidity Provider ou LP) est généralement une grande banque d’investissement ou une institution financière qui a accès au marché interbancaire.
Exemples de LP :
Ces institutions sont parmi les plus gros acteurs mondiaux du marché Forex, qui s’échangent quotidiennement des volumes colossaux (plus de 6 000 milliards $ par jour sur le marché mondial).
Exemple concret
Imaginons que tu passes un ordre d’achat de 1 lot EUR/USD (100 000 unités) chez ton courtier A-Book.
Toi (trader) → Tu envoies l’ordre d’achat à ton courtier.
Courtier A-Book → Au lieu de prendre le risque lui-même, ton courtier transmet immédiatement ton ordre à son fournisseur de liquidité (par exemple UBS).
Fournisseur de liquidité (UBS) → La banque exécute l’ordre sur le marché interbancaire, en trouvant une contrepartie qui vend.
Retour → Ton ordre est exécuté, et ton courtier reste totalement neutre : il n’a pas gagné ni perdu sur ton trade, il s’est contenté d’agir comme intermédiaire.
Le courtier se rémunère uniquement via le spread (exemple : 1 pip) ou des commissions fixes.
Pourquoi c’est important ?
Pour toi, trader, ça signifie que le courtier n’a aucun intérêt à ce que tu perdes : il gagne sur tes transactions, pas sur tes pertes.
Pour le courtier, ça réduit son risque de marché (pas besoin de s’inquiéter si tous ses clients prennent la même position).
Pour le fournisseur de liquidité, ça ajoute du volume sur le marché interbancaire et lui permet aussi de générer des revenus.
C’est un modèle plus transparent, qui explique pourquoi beaucoup de traders préfèrent les courtiers A-Book / STP / ECN.
Est-ce que le fournisseur de liquidité gagne ou perd sur ton trade ?
À court terme, le LP prend la contrepartie de ton trade (ex : toi tu achètes 1 lot EUR/USD → le LP te vend 1 lot EUR/USD).
Si le prix bouge contre lui, il peut avoir une perte temporaire. Mais comme il a un énorme portefeuille et qu’il gère des milliers de positions en même temps, ce risque est compensé par d’autres ordres.
En pratique :
Les banques (UBS, Citi, JP Morgan, etc.) ont accès à une liquidité quasi illimitée sur le marché interbancaire.
Elles peuvent revendre rapidement la position qu’elles ont prise contre toi à un autre acteur (une autre banque, un hedge fund, etc.).
Résultat : elles restent quasi neutres sur le marché, un peu comme ton courtier A-Book, mais à une plus grande échelle.
Leur vrai business model
Les LP ne cherchent pas à gagner sur tes pertes. Leur profit vient surtout de :
Spread interbancaire :
- Exemple : sur EUR/USD, l’écart réel interbancaire peut être de 0,1 pip.
- Ils te vendent à +0,2 pip et rachètent à -0,1 pip → ils gagnent 0,1 pip de marge multiplié par le volume.
Les commissions sur les transactions :
Plus il y a de volume traité par les courtiers qui passent par eux, plus ils gagnent.
La rotation (turnover) :
- Comme ils gèrent des milliards par jour, même une marge minime (0,1 pip) devient énorme quand c’est multiplié par des milliers de trades.
Exemple concret
Toi, trader particulier : tu trades 1 lot (100 000 EUR/USD).
Courtier A-Book → transmet ton ordre à UBS.
UBS exécute ton trade et applique un spread interbancaire majoré.
UBS gagne peut-être 10 $ sur ton trade grâce à la marge.
Imagine ça répété des milliers de fois par jour avec des brokers du monde entier → ça devient très rentable pour eux, sans avoir besoin de spéculer sur tes pertes.
B-Book (Internalisation)
D’autres courtiers gardent le risque pour eux-même, soit totalement, soit en partie. Selon le résultat, cela peut leur rapporter gros… ou leur faire perdre beaucoup d’argent.
Courtiers B-Book : comment ça marche en pratique
Ces courtiers prennent la contrepartie de ton trade.
Si tu perds → ils gagnent (car ton argent est leur profit).
Si tu gagnes → ils doivent te payer sur leurs propres fonds.
C’est pour cela qu’ils sont parfois critiqués : il existe un conflit d’intérêt direct entre toi et eux.
Exemples de courtiers connus pour utiliser (au moins en partie) le B-Book
Attention : la plupart des courtiers ne communiquent pas officiellement sur leur modèle interne (B-Book pur ou hybride A-Book + B-Book). Les infos viennent d’enquêtes, documents réglementaires ou témoignages de l’industrie.
Market Makers régulés (ex : IG, CMC Markets, Saxo Bank)
- Ce sont de gros brokers market makers.
- Ils internalisent une partie des ordres (B-Book) tout en couvrant parfois le reste (A-Book).
- Leur taille et leur régulation forte (FCA, ASIC, etc.) limitent les abus.
- Broker CFD très populaire en Europe.
- Son modèle est clairement B-Book : il prend la contrepartie des clients et publie ses revenus liés aux pertes nettes des traders particuliers.
eToro (en partie)
- Fonctionne comme un broker CFD/market maker.
- Les ordres des petits clients sont souvent internalisés.
- Ils gèrent le risque via une combinaison B-Book + couverture partielle.
Courtiers non régulés (offshore)
- Beaucoup de brokers basés dans des juridictions légères (St. Vincent, Vanuatu, Seychelles, etc.) utilisent quasi exclusivement le B-Book.
- Exemple : XM Offshore, FBS Global, etc. (leurs branches offshore, pas forcément leurs entités régulées en Europe).
Pourquoi ils utilisent le B-Book ?
La majorité des traders particuliers perdent à long terme (70–80 % selon les régulateurs européens).
Statistiquement, garder les positions des clients est profitable.
Mais quand un client “gagnant” apparaît, ils doivent gérer ce risque (souvent en passant en A-Book pour ce compte spécifique).
Comprendre ces modèles te permet de choisir un courtier transparent, fiable et bien régulé. Tu sauras aussi quand éviter le B-Book caché et préférer des courtiers qui privilégient le transfert de risque (A-Book).
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